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Les femmes en Formule 1

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Les femmes en Formule 1

Message par scuderia57 le Ven 10 Avr - 10:29


C'est la dernière lubie de Bernie Ecclestone. A 84 ans, le grand argentier de la Formule 1 n'est jamais à court d'idées pour relancer son sport. Il propose de créer un championnat du monde de F1 réservé aux femmes, dont les courses se dérouleraient en lever de rideau des Grands Prix. Son secret espoir : convaincre les patrons d'écuries prestigieuses comme Ferrari ou McLaren d'enfin embaucher une femme pilote. Depuis la création du championnat du monde, il y a soixante-cinq ans, seules cinq femmes ont eu leur chance derrière un volant. Pour des résultats mitigés. Tentative d'explication. 






La pilote écossaise Susie Wolff lors d'une session d'essais privés, à Hockenheim (Allemagne), le 18 juillet 2014.  (BERND WEISSBROD / DPA / AFP)




De Maria Teresa de Filippis, qui courait en 1959 sur la voiture qui avait vu Fangio être sacré champion du monde un an plus tôt, jusqu'à Giovanna Amati, sur la plus mauvaise voiture Brabham de l'histoire de l'écurie en 1992, aucune femme n'a eu sa chance dans une Top team. Ces mauvaises expériences ont ancré l'idée que les femmes étaient incapables de rivaliser avec les hommes en F1. Comme le résume dans le New York Times (en anglais) Katherine Legge, recalée par l'écurie Minardi en 2005 : "Le problème, c'est qu'aucune équipe ne veut être la première à engager une femme pilote, et risquer d'être ridicule si la fille n'arrive pas à finir la course." En raisonnant ainsi, on n'est pas près de voir une femme dans un baquet.

Les deux dernières femmes à avoir pu accéder à un volant de F1 l'ont obtenu pour de mauvaises raisons. La première, la pilote sud-africaine Désiré Wilson, a été recrutée par Ken Tyrrell dans l'écurie qui porte son nom dans le secret espoir d'attirer des sponsors. Au moins pour le premier Grand Prix de la saison 1981, en Afrique du Sud. Deux ans plus tôt, Tyrrell avait juré que jamais une femme ne piloterait chez lui. Mais, sans sponsors et sans pilote, il n'a pas le choix. La première course de Désiré Wilson est prometteuse : elle rattrape un départ catastrophique pour se mêler à la bagarre, dépasse magistralement Nigel Mansell, futur champion du monde 1990, mais est trahie par sa mécanique. Seconde trahison : Tyrrell la remercie après cette course, car deux pilotes viennent de lui proposer un gros chèque pour courir dans son écurie. Désiré Wilson ne pilotera plus jamais en F1.

La pilote italienne Giovanna Amati lors d'un Grand Prix de F3 à Brands Hatch (Royaume-Uni), le 17 août 1991.  (DARRELL INGHAM / GETTY IMAGES EUROPE)

En 1992, l'écurie Brabham, moribonde, engage Giovanna Amati, juste avant le début de la saison. Ses patrons espèrent attirer médias et sponsors pour sauver l'équipe, au bord de la faillite. Qu'importe que la jeune femme n'ait qu'une minuscule expérience en F1 : 30 tours à bord d'une Benetton quelques mois plus tôt. Après trois Grands Prix, son calvaire prend fin : la malheureuse n'est parvenue à se qualifier pour aucune course. Larguée, elle terminait à près de 10 secondes du meilleur temps et quatre secondes derrière son coéquipier.

Pour nombre de pilotes, se faire dépasser par une femme est un déshonneur. Giovanna Amati raconte son passage dans le championnat italien de Formule 3, à la fin des années 1980, dans le livre Fast Life : "Je devais souvent changer la décoration de ma voiture. Comme ça, les autres gars ne pouvaient pas m'identifier d'une course à l'autre. Pour eux, c'était inconcevable d'être battus par une femme. Ils préféraient souvent provoquer un accident que de me voir les dépasser." N'allez pas croire que les choses ont changé depuis. Susie Wolff, actuelle pilote réserve chez Williams se souvient encore de la fois où elle a dépassé Jean Alesi dans le championnat d'endurance allemand DTM, à la fin des années 2000 : "Il a hurlé à sa radio, hors de lui : 'Faites-la dégager !' Son équipe lui a répondu calmement : 'On ne peut rien y faire, il faut que tu la dépasses toi-même'", raconte-t-elle dans un documentaire de la BBC (en anglais).
Interrogés sur la question, les pilotes actuels ne font pas tous dans la finesse, ni dans le politiquement correct. La palme revient au Britannique Jenson Button en 2005 : "Une fille à gros seins ne serait vraiment pas bien installée dans le baquet de la F1, affirmait-il dans une interview au magazine masculin FHM (en anglais). Et les mécaniciens n'arriveraient pas à se concentrer. Mettez-vous à la place de celui qui doit attacher sa ceinture de sécurité..."

Heikki Kovalainen, ancien pilote Lotus puis Caterham, explique dans le New York Times qu'il ne pense pas que les femmes soient assez fortes pour encaisser les 5G supportés quotidiennement par les pilotes de F1 : "Imaginez le poids de votre crâne, avec un casque, multiplié par cinq. Rien qu'en freinant, vous devez supporter cinq fois votre poids, attaché dans un harnais." Même son de cloche chez Jenson Button, dans son interview à FHM : "Je ne pense pas qu'une femme puisse piloter une F1 à cause de l'accélération et des chicanes." Qu'on se le dise une fois pour toutes : même si elles ont, en moyenne, 30% de muscles en moins, les femmes encaissent aussi bien les effets de l'accélération que les hommes. C'est en tout cas la conclusion d'une étude sur les pilotes de chasse commandée par l'armée américaine.

Bernie Ecclestone a fait les yeux doux à Danica Patrick, la star du Nascar américain (les courses de stock-cars). Pas seulement pour ses résultats, mais aussi pour son physique avantageux. Susie Wolff, pilote de réserve chez Williams, a aussi posé dans le magazine Vogue. Dans son livre The Pits : The Real World of Formula One, la journaliste Beverley Turner raconte un dîner avec deux pontes de Mercedes, en 2004. La conservation tourne autour de l'absence de femmes pilotes. Est-ce par manque de talents ? "Nous avons d'excellentes pilotes, très talentueuses, confie l'un d'eux. Le problème, Beverley, c'est qu'elles ne sont pas... comment dire... très jolies. Elles sont fortes, elles sont rapides. Mais elles ne sont pas jolies. Plutôt moches même. On dirait des hommes."

"Les femmes ne sont pas prises au sérieux, se lamente Georgie Shaw, du British Women Racing Drivers Club dans le Telegraph (en anglais). Quand les gens voient une femme blonde sur la grille de départ, comme Susie Wolff, ils se disent que c'en est encore une qui rêve de devenir pilote." Car sur la piste, les seules femmes présentes sont bien souvent les journalistes et les grid girls, ces jeunes femmes, souvent blondes, aux jambes interminables revêtues d'une tenue courte et bariolée aux couleurs d'un sponsor.
Bernie Ecclestone a déjà tancé le directeur de l'écurie Caterham pour avoir engagé des grid girls pas assez jolies à son goût. "Seules des femmes vraiment très glamours peuvent remplir ce rôle", lui a-t-il écrit dans une lettre. Ce machisme ordinaire est durablement inscrit dans les gènes de la F1. En 1959, le patron du Grand Prix de France a interdit à Maria Teresa de Filippis de prendre le départ, raconte le Guardian. Son argument : "Une femme ne devrait porter un casque qu'à une seule occasion, chez son coiffeur."

La pilote italienne Maria Teresa de Filippis, au volant d'une Maserati, en 1958.  (POPPERFOTO / GETTY IMAGES)

N'allez pas croire que le sexisme ordinaire ne soit réservé qu'aux seules pilotes. Beverley Turner, une journaliste britannique, s'est vu demander des centaines de fois par ses interlocuteurs avec quel pilote elle couchait. La patronne de l'écurie Williams, Claire Williams, a confié au Telegraph (en anglais) en avoir assez qu'on lui demande quand est-ce qu'elle allait tomber enceinte. Quand elle était n°2 de l'écurie suisse Sauber, Monisha Kaltenborn était prise par l'un des directeurs techniques de l'équipe pour l'interprète du patron.
Le comble du comble est arrivé à Lisa Lilley, une ingénieure détachée par Shell dans l'écurie Ferrari, confondue par les journalistes avec une hôtesse : ils faisaient la queue pour qu'elle leur serve du café. La seule tenue officielle de l'écurie conçue pour les femmes étant celle des hôtesses, elle a dû se rabattre sur l'uniforme des hommes, raconte le Herald Tribune (en anglais).
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